Amour et Psyché, un mythe antique toujours moderne

 (étude réalisée par Elise F., helléniste de 1re)

De nombreux artistes du monde entier se sont tournés vers l’histoire tragique des amants Amour et Psyché, en raison du malheur qu’ils vécurent et de la passion qui les unissait. Les deux œuvres que j’ai choisies pour ce portfolio ont en commun que les deux artistes, par la posture du couple et la composition de l’œuvre, ont donné à la sculpture une aura d’amour passionné, de sentiments plus forts que la mort. L’image d’un couple détruit par ce qui l’a créé, et reconstruit par la volonté de se retrouver.

Amour et Pysché (photo : musée du Capitole)

Cette statue de marbre du IIe siècle A.C., conservée au musée du Capitole en Italie, est une copie romaine d’une statue originale grecque. Retrouvée en 1749 sur l’Aventin, l’une des sept collines de Rome, elle fut cédée à la France après le traité de Tolentino en 1797, et fut rapporté en Italie en 1816. C’est une statue en pied d’1,25m de haut, selon la technique de la ronde-bosse (c’est-à-dire qu’elle est détachée de tout fond). De cette façon, rien n’interrompt le spectateur dans son observation de la scène du baiser entre Psyché et Amour.

 

Amour et Psyché (photo : musée du Capitole)

L’utilisation du marbre et la manière dont il est travaillé apportent à la statue la sensualité et la délicatesse qui se dégagent des amants. Le déséquilibre de leurs jambes leur permet de se tourner l’un vers l’autre, et ainsi se prendre dans les bras dans une étreinte passionnée. Ce groupe statuaire impressionne par le flot de sentiments éternels et puissants qu’il exprime. On peut ressentir au premier regard le besoin absolu et vital qu’ont Amour et Psyché de se retrouver, s’aimer et se désirer avec à la fois douceur et détermination.

 

Maison d’Amour et de Psyché, Ostia Antica

La scène représentée pourrait s’agir d’un simple baiser échangé entre Amour (Cupidon dans la mythologie romaine) et Psyché. Mais une autre hypothèse se tournerait vers le retour de la jeune fille auprès des vivants par le baiser du dieu de l’amour. Envoyée par Aphrodite aux Enfers pour une tâche à accomplir, Psyché aurait dérogé à une règle imposée par la déesse de l’amour et en serait morte. Amour, parti alors à sa recherche, l’aurait retrouvée et d’un baiser (ou d’une flèche, suivant les versions) la fit revenir à lui d’entre les morts.

 

Antonio Canova, autoportrait, 1792

En 1787, le colonel anglais John Campbell, collectionneur d’art, passe commande au sculpteur vénitien Canova, pour un groupe statuaire sur le thème de la mythologie grecque. Il prend comme modèle une gravure romaine admirée dans une exposition, lors d’un séjour à Naples. Il étudie la position des deux personnages, en fait des croquis, plusieurs dessins et modelages. Canova s’inspire de cette scène d’étreinte pour représenter un couple célèbre de la Grèce antique : Psyché et Amour. Plus précisément, il choisit de sculpter le retour à la vie de la jeune fille grâce au baiser de son amant.

 

Pysché ranimée par le baiser de l’amour, A. Canova, musée du Louvre

Vrai chef d’œuvre du Néo-classicisme, ce groupe statuaire regroupe toutes les caractéristiques d’une œuvre vivante. Le mythe d’Amour et Psyché est un sujet très utilisé dans l’Art, et Canova reproduit parfaitement leur histoire et leur passion par l’étude de la perfection anatomique grecque ainsi que la recherche du réel et de la sensation.

 

La statue de dos (photo : musée du Louvre)

Les corps des personnages sont placés de façon à donner à l’œuvre  une certaine stabilité mais également un effet de dynamisme. Les bras de Psyché se referment dans un geste circulaire autour d’Amour, tandis qu’il la soulève délicatement pour l’attirer à lui. Dans cet instant figé son torse se relève. Le mouvement des ailes d’Amour « suspendu » dans le temps, ils échangent un regard intense. Dans un instant figé, Psyché reprend vie.

 

Détail (photo : musée du Louvre)

En regardant d’un peu plus près, on remarque un aspect de chair lisse rendu au visage d’Amour grâce à des râpes, sorte de limes, de plus en plus fines qui donnent un effet de peau humaine aux corps de pierre. Le vase qui se trouve derrière les personnages, posé sur le rocher, a été poli de façon à lui donner l’apparence d’un métal précieux.

 

Détail (photo : musée du Louvre)

La copie romaine se résume en une étreinte passionnée que partagent les amants : leur baiser est tendre et intime. Mais l’oeuvre de Canova, est une succession d’étapes entre les retrouvailles de Psyché et Amour, le baiser et sa renaissance. Tout cela en un battement de cil, par un regard qui ne cherche que l’amour. Le temps s’est arrêté pour nos amants.

 

Détail (photo : musée du Louvre)