Rencontre de l’artiste Emmanuel Aragon

Sa matière première est le mot qu’il trace, grave, malaxe, répète, jette au gré des supports. Ce lundi 4 mars les 2ndes arts plastiques et HIDA ont rencontré l’artiste Emmanuel Aragon qui leur a présenté sa démarche. 

“Tu m’adoucis” est un pastel d’une voix féminine, comme une suspension du texte. Un bout de parole, qui n’a pas forcément d’ordre, pensé à partir d’une personne, sans savoir qui l’a écrit ni à qui cela s’adresse. DE LA POéSIE. Le langage est le fil où tout le monde se retrouve, un espace commun, quotidien ; souvent en arts plastiques, il s’agit d’images ; ici nous découvrons une Œuvre qui fait de l’écriture, de son geste, un matériau.

 

 

 

 

 

 

 

tous tout toutes Pastel sur papier, 290 dessins 35x50cm Installation 3,5x15m

Un rapport physique et sensible à l’écriture : dans l’atelier les œuvres en devenir confrontent temps et espaces dans des gestes entretissés. L’artiste nous les dévoile pas à pas, patiemment.

garde ta course de survivre, 2020, Pastel sur carton 3×6 m Photographies Bernard Brisé


Une série autour de la PEUR, à l’échelle d’un mur de l’atelier. E Aragon travaille pendant 1 an et demi sur le mur, un très grand texte, puis très petit, des variations , de nouveaux gestes. Le texte s’écrit se déroule, “comme un corps qui danse” ; le choix des formes et des des couleurs est un long processus. Tout n’est pas direct pour appréhender les productions, il faut passer et repasser ; par la résonance, on peut percevoir. L’adresse (le sujet) dans le texte joue un rôle prépondérant. Un élève : ” Vous personnifiez vos œuvres. Vous les voyez comme une identité.”

Hortense : “Tous vos textes sont-ils réécrits quelque part ?” Vous pouvez retrouver des retranscriptions sur le site de l’artiste.

Dans l’atelier s’élaborent plusieurs projets dans un même temps de travail, plusieurs intensités. Une série d’encres, telles une danse sur un visage, un texte qui la sature peu à peu à l’encre noire.

je ne te parle pas , 2020, graphite sur Corian 26,7 x 19 cm Collection privée

Une plaque de Corian® gravée avec une extrême finesse, écriture minuscule et quasi imperceptible. 

 

 

 

 

 

 

 

Des bâtons de marche glanés sur un chemin de randonnée, moulés en plâtre, gravés puis tirés en porcelaine. Un parquet scarifié de textes aux échelles changeantes.

 

ça va ça va, 2012, 24 palettes de transport gravées, 15 x 270 x 720 cm

Emmanuel présente encore ses carnets. Tous (44 livrets) sont au même format, du même crayon, et enregistre une écriture à voix haute, une sorte d’impression de mémoire, depuis 2012.

 

carnets 2012 / in progress graphite sur papier 28 x 21,5 cm exemplaires uniques 43 carnets en 2023

Les élèves s’étonnent : « L’œuvre n’est jamais finie !? » Le carnet permet d’entrer dans le travail en quelques pages. Ils ont été présentés en 2019 aux Archives de Bordeaux. Ils contiennent l’idée d’énergie : lieu de grande contrainte, et pourtant on y trouve liberté et spontanéité, des choses qui peuvent s’activer et disparaître.

Une commande 1 % pour un collège, un parcours dans la cour, des dalles et des trajets au sol.

 

vers les grandes forêts, 2019 Dalles de sol anciennes gravées de textes, largeur 40 cm longueur 70 m environ, 1% artistique groupe scolaire Simone Veil, Bordeaux

Suite à la découverte de cette démarche, qui « relie intimement l’identité individuelle et son fondement par et dans une communauté », une déambulation à travers le lycée nous conduit dans 4 lieux distincts à ressentir et à nommer : – en extérieur, le recoin, sous la salle d’arts plastiques, une scène de béton et ses gradins, – les deux espaces pensés et aménagés par les éco délégués, – un couloir long et bichrome longeant la vie scolaire, bâtiment E, – la colonne d’escaliers à la jonction des bâtiments E et B.

 

Pour faire une expérience renouvelée de ces espaces communs, parmi les élèves chacun a un rôle : ceux qui écrivent, ceux qui font des schémas ou des plans, ceux qui font des actions.

Il s’agit de ressentir l’espace de le percevoir avec tous ces sens disponibles, en arpentant, en scrutant, en posant des mots.

Se jouer du souvenir. Qu’ont-ils vécu là ? Verbes à l’infinitif, adjectifs, adverbes ou noms : des listes par fonction grammaticale.

L’après-midi, les mots recueillis sont mutualisés par 4 équipes.

Après des expérimentations de Support, Matériaux, Outils, Geste,

les groupes s’accordent en une composition des mots matériaux pour produire un espace plastique sur de grands formats de papier kraft.

RDV est pris pour le 9 avril, le mardi inaugural d’un workshop d’une semaine, en vue d’élaborer une œuvre collective et poétique.

à suivre …